L'Irlande m'a vu naître, et j'espère, me verra mourir. Pourtant, j'ai décidé de partir de mon Irlande pour tenter ma chance de l'autre côté de l'Atlantique. J'espère qu'un jour je pourrais y rentrer, tout simplement y rester.
Pour ne rien oublier de mon périple, pour témoigner de mon époque, j'ai décidé de tracer mon carnet de route, des plaines irlandaises aux buildings immenses de New York. Car c'est là-bas que je suis actuellement, au milieu des buildings touchant les étoiles de leurs flèches brillantes, rivalisant avec Dieu.
Je me prénomme Chris Pitsbury, j'ai fêté mes 25 ans il y a quelques mois à New York. Cela fait cinq ans que j'y habite et que j'y travaille comme postier. Ces cinq années ont été merveilleuses pour moi car j'ai pu la rencontrer, lui parler et l'aimer aussi.
Je suis né le 25 juillet 1897 en Irlande, près de Dublin. J'y ai habité jusqu'à mes vingt ans, âge auquel j'ai décidé de tenter ma chance. Mais je ne suis pas né tout seul. Mon frère aîné Ezra est né quelques instants avant moi, et il a toujours profité du fait d'être l'aîné, je ne sais pas comment il réagirais aujourd'hui à vrai dire.
Je suis le quatrième enfant d'une fratrie de cinq. L'aîné s'appelle Jake, il né en 1890, u 25 décembre. On a dit de lui qu'il était chanceux, il a d'ailleurs trouvé la perle rare, elle s'appelle Abigail, et elle est adorable. J'ai grandi avec elle. Le second de la famille s'appelle Robert, il est né le 29 février 1892. Pour être né le même mois que notre père, mes parents lui donnèrent le prénom de mon père. Et ensuite, ce fut mon frère Ezra. De nous deux, ce fut Ezra le vrai Pitsbury aux yeux de mon père, me traitant comme un enfant non désiré. Il a toujours dit que Ezra était voulu, et que je n'étais qu'un parasite qui a voulu prendre le nom de mon père. Je n'étais pas aimé de lui, mais j'ai toujours été le chouchou de ma mère jusqu'au 14 avril 1912. A cette date est née ma petite s½ur Margarett. Renié par mon père, je m'occupais d'elle, ne méritant pas de travailler aux champs. C'est ma petite Margarett qui me manque le plus à New York. Jamis je ne pourrais oublier son sourire le soir du départ, où elle s'accrochait à mon pantalon, pleurant toutes les larmes de son petit corps. « Tu reviens quand Ris ? » m'avait-elle dit. Et je ne pourrais jamais oublier son visage strié de larmes.
Je n'ai jamais prétendu à la richesse, ma famille était modeste, même pauvre. Notre maisonnette ne comportait qu'une pièce. Et la cohabitation de quatre gaillards à l'intérieur était difficile. Mon père est décédé depuis longtemps maintenant. Il aimait l'alcool, et il le lui a bien rendu. Il est mort lors d'une rixe de pub, lieu qu'il fréquentait beaucoup depuis qu'il était sans travail. Maman ne travaillait plus et la vie devenait impossible. Alors, un beau matin, j'avais fermé mes bagages, empaqueté Ezra avec moi et j'ai quitté la maison tel un fugitif.
Je n'aurais jamais cru que cette décision qui n'était alors qu'un coup de tête allait changer ma vie à jamais.